« Ils ont parlé de complot contre la stabilité de la commune Lacs3… », Dr J. Emmanuel Gnagnon

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Deux ans après les élections locales, la Commune Lacs 3 peine toujours à se développer. Au niveau du Conseil communal, les querelles intestines ont pris la place du vrai développement espéré par la population. Le Conseil Municipal chavirant, Docteur Jean-Emmanuel Gnagnon, deuxième Adjoint au Maire de ladite municipalité appelle à une marche commune pour le développement des Lacs 3. Il reconnaît, certes, que «la fracture et la méfiance sont tenaces au sein du conseil », mais prône le pardon et la réconciliation. Du décès du feu maire Mikem Claude au conflit d’intérêts du nouveau maire, il s’est prononcé à nos micros.

 Lire l’intégralité de l’interview !

 

Bonjour Monsieur l’adjoint au Maire

Bonjour Monsieur le Journaliste.

Vous êtes deuxième adjoint au Maire de la commune des Lacs3. Présentez-nous brièvement votre commune

Bonjour, je voudrais vous remercier pour la qualité du travail que vous faites aux côtés des communes. La Commune Lacs 3 a pour chef-lieu Agbodrafo. Elle est la plus grande des communes de la préfecture des Lacs.  Située dans la partie Est de la Région Maritime, limitée au Nord par le lac Togo, au Sud par l’Océan Atlantique, à l’Est par la Commune Lacs1-Aného et à l’Ouest par la Commune Golfe6-Baguida, elle compte deux cantons : le canton d’Agbodrafo et le canton de Gbodjomé, avec un total de 23 villages.

Cela fait deux ans que vous êtes à la tête de cette municipalité. Si vous est donné de faire un petit bilan que direz-vous ?

Notre expérience de la décentralisation au cours des deux dernières années a été plutôt pour nous, c’est-à-dire les conseillers municipaux de Lacs 3, une longue et tumultueuse initiation. En effet, il faut d’abord parler des défis liés à la mise en place de l’administration communale avec la création des services techniques pour répondre aux demandes de services publics par les populations. À ce jour, malheureusement, nous ne disposons pas encore de tous les services techniques prioritaires en l’occurrence la voirie, l’urbanisme, l’aménagement, l’hygiène et l’assainissement, etc. D’énormes efforts restent à faire pour avoir une administration efficace et optimalement fonctionnelle.

En termes de mobilisation de ressources, je dirai tout simplement qu’au cours des années passées, l’environnement du recouvrement a été très peu exploré, mais des recommandations et des actions stratégiques sont déjà en cours d’examen pour relever ce challenge.

Je puis dire par ailleurs que la plus dure expérience pour moi a été le défi de la cohésion au sein du Conseil Municipal. La tension a été permanente parmi plusieurs conseillers à cause d’une série d’actes indélicats qui ont gravement affecté la confiance mutuelle. Point n’est plus besoin de revenir encore aujourd’hui sur de tels incidents survenus dans notre Commune. Mais, l’ombre de la division continue toujours de planer, malheureusement.

Nous savons tous que l’élection du nouveau Maire en remplacement du feu Mikem a fait jaser plus d’un. Aujourd’hui, quelle est l’atmosphère au sein de l’exécutif ?

Il est difficile pour beaucoup de la Commune Lacs 3 Agbodrafo de revenir sur les irrégularités graves constatées lors de l’élection du nouveau maire en remplacement de feu Mikem Claude décédé le 18 novembre 2020.  En effet, je ne voudrais surtout pas rappeler ici le cas du vote d’un Conseiller municipal connu comme démissionnaire mais dont la procuration a été reçue en violation flagrante des articles 112 et 113 de la Loi sur la décentralisation.

Beaucoup de personnes de la commune ont déploré les graves manquements survenus au cours de cette élection. Certains ont parlé même de complot contre la stabilité de la commune pour des raisons qu’on ignore. Dans tous les cas, je ne crois pas que ce qui s’est passé ce 09 avril 2021 ait plus rapproché les membres de l’exécutif communal.

Aujourd’hui, il est indéniable que la fracture et la méfiance sont tenaces, rendant incertaine la possibilité de franche cohésion au sein du Conseil Municipal.

En ce qui me concerne personnellement, j’ai pardonné et ai appelé à faire la paix pour saisir l’opportunité de développement auquel nous appellent les populations. Il appartient à ceux à qui a profité le crime, comme on dit généralement, de savoir fédérer les énergies et d’inspirer confiance.

De toute façon, je constate que les yeux sont plus que jamais braqués sur nous depuis lors. J’ai vu un article qui parle de conflit d’intérêt du nouveau maire élu de Lacs 3, dans votre parution du 1er juillet 2021. Je crois que le sujet est brûlant actuellement après que le groupe de conseillers ANC, représentant le 1/3 du Conseil Municipal, a attiré l’attention sur ce fait. Pour moi, en effet, il y a effectivement conflit d’intérêt lorsque c’est le local du nouveau maire qui est loué pour servir de siège de la municipalité. Et lorsque que le fait est évident avant son élection, l’inquiétude devient plus fondée. Mais souffrez que je n’anticipe pas ici sur le sujet puisqu’ un conseil extraordinaire est prévu à cet effet dans les prochains jours. Toutefois, je pense qu’il faudra aller vers des solutions concertées et constructives pour la commune. Et pour cela, tous les acteurs doivent faire preuve de sincérité et de bonne volonté. Le contraire pourrait nous conduire à des dérives insoupçonnables.

 

 Les populations peuvent-elles enfin espérer le développement ?

Oui, absolument ! Nous n’avons pas d’autres choix que de trouver les solutions aux différends internes au sein du Conseil Municipal. Nous sommes conscients des attentes nombreuses et légitimes des populations. Je pense personnellement que le développement doit être la seule priorité pour nous. Toutefois, il est aussi important de régler sincèrement les préalables pour une marche commune vers le développement de la commune Lacs 3.

Intéressons-nous maintenant au territoire communal. Quelles sont les atouts et opportunités d’investissement ?

Notre commune est située, comme j’ai l’habitude de le dire, entre « deux eaux » et peut devenir une capitale hôtelière et touristique dans notre pays. Nous avons les bordures du Lac Togo et la plage qui sont des espaces pouvant accueillir de grands projets d’aménagement pour faire de la commune une zone résidentielle d’une exceptionnelle attractivité. Nous disposons par ailleurs  de sites touristiques revêtant une importance historique universelle liée à l’esclavage, qui constituent des pôles d’intérêts très attractifs.

Notre commune abrite aujourd’hui une population d’environ 110 000 habitants. Cette forte population est unique dans la préfecture des Lacs.  Vous comprenez que nous pouvons compter sur la forte démographie pour des ambitions économiques et de développement en faveur de la commune.

Je ne vais pas passer sous silence le dynamisme du secteur de l’éducation où nous comptons 86 écoles primaires et préscolaires confessionnelles et 82 établissements privés laïcs. Certes des défis majeurs restent à relever, surtout l’absence des établissements d’enseignement supérieur, surtout technique, pour accueillir le nombre important de nouveaux bacheliers de la commune chaque année.

Actuellement, nous avons des carrefours économiques notamment à Agbavi/ Agbata, Dague/Gbodjome, à Kpeme, qu’il faudra valoriser optimalement.

Aussi le seul marché dont dispose notre commune, un marché de taille moyenne situé dans le village de Kpogan-Agbetiko, promet-il aussi grandement.

Quels sont les défis auxquels vous faites face ?

Un défi majeur : la mobilisation de ressources (financières, humaines et logistiques). Les moyens dont nous disposons aujourd’hui sont très insuffisants. Notre budget de fonctionnement reste très restreint de même que pour les potentiels investissements.

Il n’est pas facile d’avancer plus sereinement vers la création de nouveaux services techniques pour renforcer le recouvrement et l’aménagement du territoire communal, en l’occurrence.

Parlez-nous de quelques-uns de vos projets

Des projets sont en cours d’étude actuellement. Projets de construction de marchés, réaménagement de latrines publiques, de centre de formation professionnelle, de réhabilitation de salles de classe, renforcement du plateau technique des centres de santé et construction de nouveaux centres de santé, etc. Disons que la liste est longue actuellement. Nous espérons pouvoir réaliser de tels joyaux au profit des populations.

Mot de fin

Le processus de décentralisation dans notre pays est en marche. Nous devons continuer l’éducation au devoir civique lié aux taxes et la sensibilisation des populations. Il faudra renforcer les capacités des acteurs de la société civile communale pour la mise que pied des comités pour le Contrôle Citoyen de l’Action Publique, qui doivent être des instruments de suivi et de participation des populations au développement dans les communes.

Il est aussi important de noter les multiples disparités relatives aux communes en termes de moyens et de capacités. Il faut que commencent les expériences formelles d’intercommunalité dans une perspective de partage de bonnes pratiques.

Il est vrai que d’autres défis restent encore à relever, mais nous avons fait un grand pas de nous être mis sur le chemin de la décentralisation pour un développement plus certain.

Je vous remercie.

 

                                                                Propos recueillis par Elom KPOGO

 

 

 

 

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